Que mon coeur lâche!
Les herbes folles

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Si Maëlle avait eu des Beretta à la place des iris j’aurais très certainement fini aussi fuyant qu’un service secret proche-oriental.

- Ben… Je travaille pour un magazine catalan.

Il venait de me donner l’explication de son accent (Qim était catalan).

- C’est quoi, comme genre de magazine ?


Maëlle avait compris que mon intérêt pour cette discussion était tout à fait inexistant.

- Un magazine de musique. Je fais des comptes rendus de concerts, j’interviewe des groupes, et tout ça…

- Ah, c’est cool…

J’avais presque terminé ma cigarette. Dehors, le ciel s’était couvert. Les vitres étaient mouchetées de fines gouttes de pluie qui déformaient le paysage urbain. Qim a tiré un long moment sur le pétard et l’a passé à Maëlle. Elle avait eu tout d’un coup une idée pour se venger de mon comportement.

- Tiens, bah tu peux manger avec nous, ce soir, si ça te dit !

J’avais eu envie l’espace d’un instant de brutaliser la jeune fille, mais je m’étais abstenu, cette situation avait le bénéfice de m’éviter de penser à la nuit dernière. Le catalan avait compris ce qui se passait, et le fait de penser que je le détestais lui semblait être délicieusement agréable. Son attitude m’énervait encore plus, je cherchais subrepticement un moyen de me défiler, de plus le frigo étant vide je voyais mal comment on aurait pu sustenter l’importun.

- Mais vous n’avez pas acheté les courses… Venez chez moi si vous voulez, je vous invite.

Mon visage se fige, mes sourcils se soulèvent, je recrache ma fumée nerveusement en compagnie d’un bruit puant l’exaspération. Comment ose-t-il se mêler de mes affaires, il se prend pour qui le journaliste des bacs à sable? Je reste persuadé qu’il a lu dans mes pensées, je ne sais pas par quel miracle il s’est douté que j’avais autant envie de manger en sa compagnie que de me faire enculer par un yack. Il a l’air d’exulter intérieurement, il s’est greffé à la vengeance de Maëlle, il le sait et me nargue avec ses yeux brillants.

- Ah bah pas de problème, je réponds, tant par souci de contradiction que pour lui prouver que je trouve sa proposition géniale. Maëlle manque de s’écrouler de sa chaise, elle tousse et écrase le joint dans le cendrier d’un geste lourd. Qim se lève, empoigne sa veste militaire posée sur le plan de travail et nous donne rendez-vous ce soir, nous demandant de passer chez lui vers 21H. Effronté, je lui réponds qu’on apportera à boire. Maëlle ne pipe mot, le raccompagne jusqu’à la porte en lui caressant le dos.

- Tu nous fais quoi, là ?

Yeux noirs roulant autour de leurs orbites, mine effarée, bras flottant dans l’air comme pour évacuer un trop plein d’énergie.

- Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai très envie d’aller bouffer chez ce gars-là, moi ! Pour une fois qu’on voit une nouvelle tête.

- Tu vas faire croire ça à qui ?

Maëlle se pose sur l’accoudoir du fauteuil en cuir en triturant le bord de son sweat. Elle secoue la tête quelques instants, en proie à une vive agitation intérieure, puis la relève brusquement en me jetant un regard navré.

- Putain, mais tu me fais pitié mon pauvre Victor, je te jure que tu vas le regretter.

- Regretter quoi ? Tu voulais que je l’envoie se faire foutre?

- Oh non non non, tu préfèrerais crever plutôt que de louper une occasion de te foutre de la gueule du monde !

Un point. Je corrige ce que j’ai énoncé un peu plus tôt : Maëlle me connaît vraiment par cœur. Inconsciemment, j’ai déjà hâte d’être assis à la table du catalan et de revoir ses yeux vides métonymiques de sa personnalité.

- Non, on y va pas, ça serait bien trop facile !

- Moi je te dis qu’on va y aller, ça va être drôle.

Heydelbergensis Universitatis

J’avais été bientôt conforté dans mon idée lorsque petit à petit j’écoutais la conversation. Un accent étrange, assez rude mais qui coulait parfaitement le long des mots. Je ne pouvais plus attendre et j’ai alors décidé d’entrer dans la cuisine. Maëlle n’avait même pas réalisé que j’étais arrivé et avait sursauté à mon entrée.

- T’es déjà là? Elles sont où les courses?

- J’ai pas été faire les courses finalement. En face d’elle était assis un type, brun, les cheveux bouclés, un pantalon en velours marron et un t-shirt vert délavé imprimé d’inscriptions quelconques d’une université allemande. Il était à moitié affalé sur la chaise et souyriait bêtement en ma direction, les paupières mi-closes.

Ma réponse avait été bizarrement très bien acceptée par Maëlle, qui aussitôt s’est crûe obligée de passer aux présentations, bien que je n’avais pas foncièrement envie de découvrir l’identité d’un mec qui boit mon café et fume des pétards dans ma cuisine avec l’aval d’une branche de mon arbre généalogique. Son nom risible était Qim. Avec un q, et non pas un k, s’était-il justifié. Il attendait très certainement une réaction de ma part, au vu de ses yeux noirs qui me dévisageaient. Je les trouvais insolents, ses yeux, couplés au reste de son visage mal rasé et son petit sourire en coin qui laissait paraître des dents ternes. Une fossette se creusait à droite au-dessus de sa lèvre supérieure. J’ai d’emblée détesté cette fossette. Avant que je ne commette un acte irréparable, il fallait absolument que je trouve une cigarette. Mon dernier paquet s’était terminé cette nuit, sûrement, et le fait que mon estomac avait légiféré mon corps à peu près toute la matinée, je ne m’étais pas senti de lui imposer de la nicotine au risque d’une sanction douloureuse et nauséabonde. Maëlle ne fumant quasiment jamais, en tous cas pas suffisamment pour acheter un paquet assez régulièrement, je me suis résigné à interroger l’inconnu au nom ridicule tout en maudissant la trop bonne éducation de ma cousine. Il s’est redressé en s’accoudant au rebord de la fenêtre, et a extirpé de sa poche arrière un paquet mou qu’il m’a tendu sans même me regarder. J’ai tout de même accepté et suis parti m’adosser au frigo afin de profiter de cet instant divin. J’ai furtivement jeté un œil de l’autre côté de la table et j’ai perçu dans le regard de Maëlle un certain agacement. Peut être qu’elle avait compris que son invité surprise n’était pas réellement à mon goût. Je ne voulais surtout pas qu’à son départ elle m’assaille de reproches totalement infondés sur mon asociabilité et du coup, j’ai fait semblant de m’intéresser à la vie de ce pauvre garçon.

- Et donc euh… Qim…J’avais à peine prononcé son nom que son visage s’est illuminé, paraissant ouvert à toute sorte d’examen.

- Qu’est-ce que tu fais de ta vie ?…Maëlle a répondu à sa place.

- Il est journaliste !

La fierté résonnait dans cette dernière réplique. Elle semblait passablement ravie de me faire voir qu’elle aussi pouvait fréquenter des gens intéressants.

- C’est pas vraiment…

- Bah alors, t’es journaliste ou t’es pas journaliste?

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Liberté Toujours.

C’est une fois arrivé devant le porche de l’immeuble que je me suis rendu compte que mes sacs étaient vides. J’avais traversé la moitié de la commune pour traînasser vaguement dans le rayon yaourts. Cette histoire n’était vraiment pas normale, je me comportais trop bizarrement à cause de cette vulgaire histoire de fesses. Jusque dans mon bulbe rachidien les questions descendaient, je me les reposais des dizaines de fois de suite en les oubliant le temps de ne pas me faire écraser par le tramway ou pour contourner un groupe de touristes danois. Mais qu’est-ce que j’avais bien pu faire la nuit dernière pour que je sois aujourd’hui devenu une sorte de zombie francophone communicateur d’amour?

Il me fallait une cigarette.

Je culpabilise toujours énormément lorsque le balancier du distributeur éjecte le paquet luisant hors de son grillage blanc, je suis au bord de l’apoplexie lorsque je m’allume une cigarette, toutes ces images de poumons atrophiés, de dents déchaussées, de peaux jaunies, de larynx troués n’y font malheureusement absolument rien. Mais lorsque j’en avale une bouffée, je ressens un plaisir paradoxal à en apprécier les arômes, à laisser le plus longtemps possible la fumée faire le tour de mon appareil respiratoire et d’en exhaler les reflets grisâtres au loin en les observant se diluer dans l’air frais de Belgique. Quand je fume, je deviens poète, j’ai envie d’écrire et de chanter tout ce qui me passe par la tête, ça doit m’inspirer. Ca m’est devenu maintenant une nécessité, l’esprit voudrait bien refuser mais le corps ne peut pas s’y soustraire. Allez. Vous l’attendiez, celle-là, de toutes façons. Une cigarette, c’est encore mieux qu’une fille. On choisit celle qu’on veut, on la sort le temps qu’on veut tout en la caressant de haut en bas, on l’allume de la manière que l’on veut, douce ou ferme, et comme on sait que de toute façon sa présence ne sera pas éternelle on en profite jusqu’où on le désire, on a même la liberté de la jeter avant qu’elle ne se soit déjà entièrement consumée. Mais quand elle est partie, on se renfrogne, on râle, on ne veut absolument rien faire dans les cinq prochaines minutes, on a envie de prendre sa voiture et de se barrer aussi loin que nous mènera l’autoroute. J’ai une admiration extrême pour les gens qui ont arrêté de fumer. Je les envie presque.

J’aurais difficilement fait avaler à Maëlle le fait que je sois rentré à cause d’un quelconque oubli. Ou alors si elle m’avait cru, elle m’aurait vraiment pris pour un débile mental. Je ne voulais pas lui parler de mon état cérébral tout de suite, ça lui aurait fait vraiment trop plaisir de confirmer ce qu’elle constatait déjà depuis le temps qu’elle vit à mes côtés, pauvre petit con incapable de gérer sa vie et s’extasiant lui-même à chaque fois qu’une nuit sexuelle lui a laissé un bon souvenir. Je voulais m’épargner ses sarcasmes incessants et ses clins d’œil pleins de sous-entendus cyniques. La vérité étant qu’elle avait décidément toujours très souvent raison et je ne voulais surtout pas, absolument pas lui donner raison. Je réfléchissais donc à une excuse avant d’ouvrir la porte et de la trouver hagarde parmi des magazines périmés ou en pleine séance de méditation sophrologique bidon. Mais j’entendais des bribes de conversation émanant du fond de l’appartement.

La deuxième voix était une voix masculine, suave, avec un certain accent pour le moment indistinct. J’avais donc décidé donc d’entrer et de laisser libre cours à mon imagination lorsque ma cousine me demanderait des explications. En refermant la porte derrière moi, j’ai déposé les sacs plastiques à côté du meuble à chaussures et j’ai aperçu Maëlle, assise à la table de la cuisine, une tasse de café à la main. L’autre personne, cachée par la porte mi-close, faisait aller et venir ses mains à mesure qu’elle parlait. Parfois, l’un de ces membres attrapait une tasse, et l’autre un pétard déjà bien entamé. Ces mains étaient exceptionnellement brunes pour un mois de Novembre, aucun belge jusqu’à présent n’avait réussi à conserver un si parfait bronzage pendant si longtemps, j’en avais donc déduit qu’il s’agissait indubitablement ici d’un non-belge.

On se lève tous.

Bizarrement, cette occurrence charcutière était absolument divine, et j’ai presque failli trouver cette vendeuse séduisante. Je suis content. C’est grave.

Je souris bêtement depuis que je n’ai plus envie de vomir. Ma mâchoire inférieure se laisse tomber, mes yeux entrouverts me donnent un air de mérou psychotique. Je suis dans un drôle d’état. Tout est beau, tout est merveilleux, les vieux tirant leur caddie à tissus écossais me sont complètement indifférents, j’ai presque envie d’abandonner mon panier rempli de victuailles dans un coin du magasin et d’aller faire le foufou avec les enfants du coin jeux gardiennage. Piscine à boules, toboggan et film Disney pour éponger mon trop plein de bonheur. Mais au lieu de friser l’arrestation pour tentative de rapt d’enfants, l’important serait plutôt de s’interroger. De fait, cette bonne humeur me paraît directement suspecte.

Je m’arrête au milieu du rayon yaourts, je pose mon panier rouge sur les petits carrés de carrelage beige et j’appose mes fesses sur la bordure froide d’un présentoir de Danette. Je réfléchis. Entre deux packs de Danette édition limitée spécial anniversaire. Le top pour se remuer la cervelle.

Bon alors. On a du me jeter un sort de bon augure, je ne me sens absolument plus stressé par les monceaux de papiers qui s’accumulent sur mon bureau et les emails qui saturent ma messagerie électronique auxquels j’aurais dû répondre depuis des jours, ma facture de téléphone qui continue à être débitée sur le compte dont j’avais définitivement arrêté l’usage voici deux mois et qui me provoque inéluctablement des paiements d’agios indésirables, et Martine, une wallonne insipide qui me harcèle depuis trois jours pour que je ressorte avec elle dans cet endroit si fabuleux où elle avait tant ri… Pas de gains à un quelconque jeu à gratter. Pas d’augmentation de salaire prévue en perspective, les trois quarts serviront à rembourser mes impayés divers, donc de ce point de vue-là, pas d’occasion de se réjouir. Ca n’est donc pas l’argent qui me stimule aujourd’hui. Pas de retrouvailles avec une vague connaissance, j’ai arrêté d’avoir des amis le jour où ils ont réalisé que j’avais déménagé en Belgique. Pas de sexe depuis la semaine dernière…

Un moment… Je connais cette légèreté… Je connais ces envolées lyriques, ces élans d’amour insondables pour mes quasi-compatriotes…

Me voilà assis au beau milieu du rayon des produits laitiers à me demander pourquoi tout d’un coup ma mauvaise humeur chronique s’est envolée pour laisser la place à une apathie stupide. Je dois vraiment faire pitié, à en juger par la tête des clients qui me scrutent tout en sélectionnant leurs yaourts. Dans l’état où je suis, je serais tout à fait capable de m’en verser une cagette entière sur le crâne.

Le sexe me rend stupide. Et cette nuit, la bagatelle m’a rendu encore plus débile que n’importe quelle autre nuit.

Imbécile.

Plutôt que de gésir entre le fromage blanc et les crèmes dessert, tu ferais mieux de finir tes courses en deux deux et courir chez toi te remémorer à qui tu as eu l’honneur de caresser les cuisses.

Depuis que j’ai vomi, tout va donc pour le mieux. Je réussis de fait à me laver les dents, le goût du dentifrice me paraît alors du plus délicieux. Pour fêter la régénération de mon appareil digestif, j’ai décidé d’aller faire des courses.

Maëlle m’énerve. Elle s’est aperçue de l’état olfactif de la salle de bains et m’a engueulé pendant que je réfléchissais à ce que j’allais acheter. Je ne fais pas de listes. Je n’aime pas ça. Je trouve l’idée d’acheter ce que bon me semble au détour des rayons débordant de marchandise périssable beaucoup plus séduisante que de se réduire à respecter les éléments d’une liste de courses. Les listes de courses briment l’expression individuelle. Les listes de courses sont chiantes. Je n’écoute même plus les jérémiades de ma cousine qui pourraient très bien me rendormir. Je m’imagine déjà traînasser au détour d’une allée lumineuse, empoignant les paquets argentés, les boîtes merveilleuses, les bouteilles au design attendrissant, le tout dans des gestes vaporeux, frisant la danse de ballet prussien. Je sors de ma rêverie, fin prêt à me rendre à Super GB. Avant de partir, entre le moment de finir de nouer mes lacets et de baisser la poignée de la porte d’entrée, je me souviens que j’ai oublié de demander à Maëlle ce qui lui ferait plaisir. Mais quand je la trouve pendue au téléphone, un sourire imbécile accroché au visage, je me ravise, lui faisant signe que je me rends au supermarché en lui montrant le sigle de la franchise des sacs en plastique que je tiens dans la main. Elle me sourit, en me faisant signe de dégager. Je m’exécute. Tant pis pour elle, si elle n’est pas contente, elle ira chez Aldi acheter des sous-marques qu’elle déteste.

Quel bonheur ! J’exulte. Peu de gens trouveraient de l’intérêt à flâner le sourire aux lèvres au milieu de l’allée centrale, entourée de stands de produits en promotion, car la plupart, conditionnés par cette horripilante nécessité de fin de semaine, s’y rendent avec un plaisir aussi délicieux qu’une consultation chez le proctologue. Donc ils n’ont logiquement aucune envie de chanter Hava Naguila autour d’un présentoir de crème chantilly en invitant les caissières à danser avec eux. Mais moi, aujourd’hui, les néons allergènes qui d’habitude me font couler le nez et me piquent les yeux, me transportent dans un état d’euphorie inattendue. Je me noie dans ma délectation. Quelle vendeuse de pâté séduisante qui crie aux clients la généreuse qualité de sa bouillie d’animal, je voudrais la débarrasser de son uniforme et de l’inviter derechef dans le plus luxueux restaurant de la ville. A pas de loup, je m’approche avec attention de ce corps leste enveloppé dans son ridicule costume de travail. Son petit chemisier blanc peine à contenir la masse graisseuse qui la caractérise. Ses mains, noueuses et rosacées, sont comprimées dans des gants de latex transparents qui les boursouflent, il ne suffirait que d’une légère pression de l’index pour qu’ils éclatent. Indécis, les yeux de braise, je laisse défiler mon regard sur la vitrine séparant l’étalage de viandes et consorts du souffle microbien des clients affamés. Intriguée par ma manière peu consensuelle d’apprécier les saucissons et le boudin, la vendeuse me dévisage. Je relève la tête, me passe la main dans les cheveux et, me mordant la lèvre inférieure, entre en connexion oculaire avec elle. Ma voix ne peut s’empêcher d’être grave et mystérieuse.

- Mais je vois que la mortadelle est elle aussi en promotion…

Tout à fait heureuse de cette sollicitation, elle me répond timidement d’un petit « oui » étouffé, son visage devenant rose de pâmoison. Je me caresse le menton tout en faisant mine de comparer les prix de la charcuterie.

- Quel dommage que vous n’ayez pas de fritons de canard… C’est si délicieux avec des noix dans une salade…

La vendeuse est tendrement désolée, elle me le fait savoir en haussant tendrement les sourcils et en lâchant un petit soupir de compassion. Je me rapproche plus près de la vitrine, et y appose mes mains, malgré le feuillet jaune qui en interdit le contact.

Je lui souris. Elle est au bord de l’implosion sexuelle. Il faut absolument que je parte de ce rayon. Je tourne les talons. Avant de disparaître en tête de gondole, j’ai vu la vendeuse se déchirer de l’intérieur et redescendre le regard sur les fricadelles marron fluo. Je suis ignoble. Il y a un problème. Ca ne va pas du tout. J’ai tenté de séduire une pauvre fille au cheveu sec et cassant, alors qu’elle m’intéressait autant qu’une soupe aux harengs. Je lui ai fait miroiter une possible fuite vers de meilleurs lendemains, loin des émanations de viande et de graisse animale. Je ne fais jamais ça. Je ne drague pas. Je déteste ça. Je déteste attirer l’attention à des fins entendues. Pour qui est-ce que je me prends ?